Dans la vallée de la Wupper
Amos Gitaï
France, 1993, 90 min / Couleur

Dans la vallée de la Wupper, Amos Gitaï, France, 1993, 90’

Synopsis

En 1992, à Wuppertal en Allemagne, deux skinheads ont tué un homme qui se disait juif. Amos Gitaï interroge des témoins, des habitants, et des acteurs du procès. À travers ces paroles, le film révèle ce qui fait le lit du racisme ordinaire, l’influence des mouvements néo-nazis fondée sur une violence organique née du vide de la pensée. Une œuvre décapante.

1992, dans un bar presque vide de Wuppertal, un représentant de commerce interpelle deux "skinheads". La soirée à laquelle il a participé a été bien arrosée. Le ton monte rapidement. Selon la police, le patron de l’établissement, s’interpose et lance « C’est un Juif ! ».
Les deux hommes âgés de 18 et 24 ans se jettent alors sur lui, le poussent à terre et le rouent de coups. Ils vident une bouteille d’alcool sur le corps agonisant et mettent le feu. Le propriétaire du bar leur prête sa voiture. La victime est transportée de l’autre côté de la frontière, à Venlo, au Pays-Bas. La police néerlandaise découvrira le cadavre le lendemain.
Huit jours après les faits, Amos Gitaï est à Wuppertal, il plante sa caméra devant le rideau de fer de "la petite lanterne" et interroge les passants. Puis le procureur de la ville, les avocats et les parents des "skinheads", mais aussi de jeunes adolescents d’extrême droite. À travers la diversité des paroles, le film met à jour ce qui fait le lit du racisme ordinaire, l’influence des mouvements néo-nazis, fondée sur une violence organique née du vide de la pensée. Une œuvre décapante.

À propos du film

«  Ce film ne cherche pas à nous choquer comme le ferait un reportage qui décrirait une rencontre avec des néonazis. Dans le film, nous ne verrons pas une photo de la victime et nous ne saurons rien de lui, si ce n’est son nom. Gitai ne cherchera pas à les interviewer ni à les observer de loin. Eux et leur victime sont "hors" du film et c’est cette absence même qui crée la panique. Ce refus de nous laisser la possibilité de les regarder dans les yeux devient petit à petit la métaphore essentielle de ce autour de quoi le film s’articule. Gitai parle avec le procureur, les avocats des accusés, les parents du propriétaire du bar, les habitants de la ville : ceux qui ont entendu parler de l’incident et ceux qui ne sont pas au courant. Ceux qui sont impliqués et ceux qui ne le sont pas, ceux qui ont peur de parler et ceux qui le souhaitent. Comme ces jeunes dans une foire, qui expriment leur haine des étrangers qui vivent en Allemagne et sont fiers d’avoir un ami qui s’appelle Moustapha, que nous voyons à leurs côtés, et qui se mêle à la conversation. Gitai ne cherche pas à "donner un sens" à l’incident. Pas directement en tout cas. Son film décrit le processus d’une disparition. D’une certaine façon, plus nous écoutons et plus nous regardons, plus l’événement se défait dans le temps et nous renvoie à l’Histoire qu’il représente.  »
Uri Klein, "The Man Who Wanted to Be Elvis Murdered A Man Who Maybe Was A Jew", Ha’aretz, 13 novembre 1993
« Wupper est la ville natale d’Elsa Lasker-Schüler, poétesse expressionniste allemande, amie de Franz Marc, Vassily Kandinsky et Thomas Mann. C’est aussi la ville des usines Bayer (où se fabriquait le gaz Zyklon B des camps d’extermination), de la gare de déportation de Wuppertal, d’un vieux cimetière juif profané à plusieurs reprises en 1992, des bâtiments d’une école où vivent des réfugiés musulmans et d’une maison protégée par des fils barbelés et qui abrite l’association de "la pureté de la langue allemande". À partir de ce microcosme qu’est la vallée de Wupper et du fait divers du 13 novembre 1992 où deux skinheads ont immolé un homme qu’ils croyaient juif dans un bar de la ville, un parcours archéologique à travers l’Allemagne d’aujourd’hui. »
Ardèche Images

Générique

Titre

Dans la vallée de la Wupper

Réalisateur

Amos Gitaï

Image

Nurith Aviv
Max Rheinländer

Son

Daniel Ollivier
Joest Bemhard

Montage

Dominik Moll

Distribution

Documentaire sur grand écran

Pays

France

Année

1993

N° de visa

82296

Distinctions

Festival del film Locarno 1994