Bonne Nouvelle
Vincent Dieutre
France, 2001, 60 min / Couleur

Bonne Nouvelle, Vincent Dieutre, France, 2001, 60’

Synopsis

Dans le quartier du Boulevard Bonne Nouvelle, sur des images en apparence banales de vitrines, de circulation automobile, de foule, plusieurs histoires se nouent ou se dénouent, racontées uniquement par des commentaires en voix-off : désirs, solitude, attirances homosexuelles, overdose, euphorie du 10 mai 1981…

À propos du film

Après Rome désolée et Leçons de ténèbres, Bonne Nouvelle : Vincent Dieutre explore son quartier du Xe arrondissement et parsème sa balade de micro-histoires de drague et de drogue. Un magnifique docu-roman. Supposons que William Burroughs ait été français, ou plutôt normand, supposons qu’il ait fait du cinéma à la manière de Marcel Proust. Eh bien, il s’appellerait certainement Vincent Dieutre. J’ai rencontré Vincent quand j’étais bien jeune et évaporé. Il était plus jeune encore. Hormis le cinéma et le nightclubbing, nous ne partagions pas les mêmes passions. Ces passions que nous ne partagions pas constituent aujourd’hui l’essentiel de son cinéma. Toxicomanie et homosexualité. C’est précisément en plongeant très profond dans le plaisir effréné, à la limite de l’autodestruction, que Vincent est devenu un personnage romanesque. Après avoir dansé au bord du gouffre, "un abîme noir, sans fond, presque confortable", il cueille maintenant les fruits douloureux de cet enfer. A la souffrance a succédé le catalogue raisonné et sublimé de cette souffrance. Sa recherche du temps perdu, Dieutre la distille élégamment au cours de ses pérégrinations romantiques à travers l’Europe. Restreignant cette fois l’exploration au quartier de Paris où il réside, Bonne Nouvelle, il a calmé ses pulsions expérimentales pour entrer dans le cadre télévisuel de La Lucarne de Luciano Rigolini sur Arte (diffusée désormais le samedi), sans pour autant interrompre le cours de son work in progress, puzzle autobiographique dont chacun de ses films est un fragment. Il s’agit donc d’un documentaire de forme plus classique (malgré quelques inserts intempestifs et aléatoires de zoom brutal), où le cinéaste observe longuement, souvent en plan-séquence, des coins et recoins de ce quartier chaud et vivant. Se superpose à cette première strate une seconde, celle des voix off (celle du cinéaste et celles d’Eva Truffaut, fille de François, et de la cinéaste tchèque Bojena Horackova), qui relatent tour à tour des épisodes qu’on suppose en partie vécus par l’auteur. Ces (bonnes) nouvelles cinématographiques viennent s’ancrer dans le flux du réel, celui des rues vides ou pleines, des entrées d’immeubles, des nombreux passages couverts du quartier, des ateliers de confection, des épiceries et du coiffeur pakistanais. Chroniques de l’indifférence et de la différence urbaine. "Opte absolument pour la mort", dit une citation de Shakespeare placée en exergue du film. Et de la mort, il en est amplement question : celle, ordinaire, d’un vieil homme dans l’escalier de l’immeuble de Vincent Dieutre qui fait écho au plan du SDF précédemment filmé comme un gisant ; celle, frôlée, d’une amie, par overdose : "Alors il a vu les yeux d’Olga s’éteindre, perdre leur éclat. Il a vu son âme vaciller, au bord de l’exil, il a vu une poussière obturer à jamais le cours de l’existence… " Le cinéaste tire de ces sujets tragiques et triviaux, examinés avec distance, une poésie stoïcienne de la déchéance recelant une vanité aussi désespérée que provocatrice. Contre toute attente, l’épisode Olga finit bien, conclu par ces mots : "Au fond, tout cela était plutôt excitant." Dandysme junk. (…) Vincent Ostria, Les Inrockuptibles – 2001

Générique

Titre

Bonne Nouvelle

Réalisateurs

Image

Montage

Distribution

Pays

France

Année

2001

N° de visa

110130