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Historique du cinéma belge

CECI EST UN FILM BELGE - HISTORIQUE DU CINEMA BELGE

Avec ce titre qui n’est pas qu’un clin d’œil à Magritte, ce programme veut se faire l’écho, si ce n’est la représentation, d’une cinématographie « géographique » qui, si elle n’a pas une identité nationale sereinement établie, a du moins une identité culturelle bien à elle. Et cela, justement, dans le domaine de ce cinéma qui nous intéresse. Dans ce petit pays qu’est la Belgique, il existe une véritable tradition documentariste reconnue au-delà de ses frontières et cela dès les origines du cinéma. Au début du XXème siècle en Belgique, on reproduit à l’envi les fameuses entrées en gare et autres sorties d’usine des frères Lumière.  S’ensuit l’émergence d’une véritable école du documentaire belge à la fois empreinte d’un souci du social à l’intérieur du pays, et tournée vers l’extérieur, les autres cultures, les autres civilisations. Avec des regards de cinéastes à la fois réalistes, et teintés de poésie surréaliste.

C’est donc à une belle diversité créatrice que nous vous convions par cet éventail de films dûment estampillés belges. Dans cette vaste cinématographie, quelques thèmes et quelques cinéastes dessinent  des paysages singuliers qui sont éclairés ici en six chapitres évidemment non exhaustifs.

Les classiques. Parmi les classiques du documentaire belge, un choix éclectique qui va de Paul Meyer  à Chantal Akerman en passant par André Delvaux et Benoit Dervaux. Le premier, Paul Meyer, né en 1920 et mort en 2007, est l’auteur d’un film emblématique, en ces années soixante, d’un cinéma indépendant, engagé et poétique. Ce film au titre énigmatique, Déjà s’envole la fleur maigre, au destin  maudit en Belgique, sortira en France dans les années 90 et y gagnera enfin une reconnaissance légitime et sa place, majeure, dans l’histoire du cinéma belge.

D’André Delvaux, né en 1926 et mort en 2002, cinéaste du « réalisme magique » et mémorable enseignant à l’école de cinéma de Bruxelles (l’Insas), nous présentons deux courts métrages documentaires, témoins d’un regard mélancolique sur le cinéma, sur le paysage et les hommes belges (1001 films et La fanfare a cent ans). Du cinéma inclassable de Chantal Akerman, où la question du documentaire ou de la fiction devient superflue, nous avons extrait un premier film très autobiographique, Saute ma ville (1968), et un autre qui ne l’est sans doute pas moins, Jeanne Dielman (1975). De Benoît Dervaux, s’impose son premier film (réalisé avec Yasmina Abdellaoui), Gigi, Monica… et Bianca (1996), chronique intime et juste de deux gosses des rues en Roumanie. 

Filmer le social. Le cinéma des frères Dardenne est emblématique de ce chapitre de l’histoire du documentaire belge. Et surtout l’un de leurs premiers films, fruit d’une longue enquête vidéographique sur la mémoire du mouvement ouvrier liégeois autour de la grève mythique de l’hiver 60/61, Lorsque le bateau de Léon M. descendit la Meuse pour la première fois (1979). Frans Buyens, né en 1924 et mort en 2004, aurait pu figurer parmi les classiques. Le film présenté, Combattre pour nos droits, a été réalisé dix-huit ans avant celui des frères Dardenne, en 1961, dans la foulée de la grande grève. Un même événement, deux films, deux écritures, deux regards. Un autre regard enfin, celui, anthropologique que Karine de Villers et Thomas de Thier posent, en 1990, sur leurs voisins : Je suis votre voisin.

Belges d’ailleurs. Les grands mouvements migratoires contemporains ont porté une nouvelle génération de cinéastes venus d’ailleurs. Parmi eux, deux jeunes cinéastes remarquables. Comes Chahbazian dont le premier film, Ici-bas (2010), revient sur les lieux de son origine, Erevan en Arménie, vingt après la chute du régime soviétique. Autre premier film, celui de Sanaz Azari, qui retourne elle aussi dans sa ville natale, Isfahan en Iran à la veille des élections de 2009 (Salaam Isfahan, 2010).

L’essai. L’œuvre de Boris Lehman (né en 1944) est de ce registre. Près de 150 films, courts et longs, documentaires et fictions expérimentaux, autobiographiques en sont la matière tout à fait singulière. « Ma vie est devenue le scénario d’un film qui lui-même est devenu ma vie », dit l’auteur de La dernière (s)cène – L’évangile selon St-Boris tourné entre 1995 et 2003.  Un film tourné avec Claudio Pazienza que l’on retrouve, réalisateur, avec un de ses premiers films, Sottovoce (1993). Une véritable filiation entre les deux cinéastes, tous deux travaillant l’autobiographie comme matière à filmer, matière à penser le monde. Dans un film qui pourrait s’apparenter à un film de famille, Olivier Smolders lui, questionne le sens ultime de la démarche du cinéaste. Dans Mort à Vignole (1998), on peut voir la mort au travail, dans le grain même de l'image Super 8. « Serait-il un pionnier du documentaire de l’intérieur ?», comme l’écrit Jacqueline Aubenas (in Dic Doc, dictionnaire du documentaire).

Filmer l’ailleurs. Fruit d’une ouverture sur le reste du monde qui fut avant tout colonialiste, les cinéastes belges ont beaucoup filmé l’ailleurs. Aujourd’hui, une nouvelle génération de cinéastes s’aventure sur des territoires étrangers avec un regard neuf. Olivier Meys a filmé en 2008, à Pékin en Chine la destruction sauvage d’un quartier de la ville avant les Jeux Olympiques (Dans les décombres, 2008).

Le film d’Annick Leroy, Vers la mer (1998) est une ballade lyrique au fil du Danube, une ballade politique qui raconte l’Europe. Celui de Pierre-Yves Vandeweerd, Territoire perdu (2010, en avant-première), complète une longue série de films tournés en Afrique, et ici plus spécifiquement dans le désert subsaharien. Ici le regard empathique posé sur le sort du peuple sahraoui  passe par le grain poétique du Super8.

Décolonisations. Dans la foulée des colonisations, la Belgique envoya nombre de cinéastes sillonner l’Afrique pour y réaliser des films de propagande. Il faudra attendre de longues années pour que le cinéma s’interroge sur le colonialisme et l’image des autres peuples. L’artiste Sven Augustijnen a réalisé en 2011 cet essai cinématographique qui réouvre  l’une des pages les plus sombres de la période de décolonisation du Congo belge : l’assassinat en 1961 de Patrice Lumumba, le premier Premier Ministre élu démocratiquement au Congo. Cinquante ans après cet assassinat, Sven Augustijnen réveille et laisse parler les vieux démons.

Annick Peigné-Giuly