FILM

"Madame" et "Monsieur" se sont aimés. Et puis on ne sait comment, leur vie est devenue un enfer. Ils ont décidé de se séparer. "Je garde l'enfant, a-t-elle dit, il est à moi"
"C'est le mien, a-t-il répliqué, je le veux"
Le recours à la loi s'est imposé. Un juge a délivré l'ordonnance provisoire qui les a envoyés ici, à Aadef Médiation, un "lieu neutre" pour couples séparés au rez-de-chaussée d'une tour.
Ici s'exercera le "droit de visite" légal à l'enfant. Quand Madame et Monsieur arrivent, ils sont perdus et ne parviennent même plus à se parler. Des médiateurs les accueillent. Avec eux, ils vont tenter de briser le mur d'incompréhension et de haine qui les sépare. "Madame" et "Monsieur", c'est ainsi que les médiateurs désignent les parents qui viennent dans ce lieu neutre. Les noms de famille ne sont jamais prononcés.
Monsieur contre Madame repose sur une gageure. Claudine Bories filme l’absence au travers de rencontres récurrentes d’êtres qui, sans doute, se sont chéris au point de concevoir un ou plusieurs rejetons. Et c’est tout le nœud du problème. Les liens distendus, la séparation ont déclenché une véritable guerre dont l’enjeu et la plus grande victime sont un (ou des) enfant. Le conflit se manifeste notamment par le refus du parent qui détient la garde - souvent la mère - d’accorder le droit de visite à l’ancien conjoint. La justice envoie alors tous les protagonistes - père, mère et enfant - dans les locaux de l’AADEF (Association d’aide à l’enfance et à la famille) situés au rez-de-chaussée d’une tour. Là, des médiateurs rassurent les inquiets de ce rendez-vous des refoulés du week-end sur deux, rabrouent les indifférents et tentent de retisser les liens entre les parents désemparés et leur progéniture.
Au rythme de deux heures bimensuelles, le droit de visite s’effectue dans un appartement dont le long couloir révèle des murs blancs d’où se dégage une réelle froideur. Les pièces relativement spacieuses provoquent un sentiment d’étouffement. Même lorsque les salles de ce lieu d’accueil se remplissent, il règne une impression de vide. Monsieur et Madame - terme par lequel les médiateurs nomme les parents - s’évitent mutuellement, y compris lorsqu’ils occupent la même pièce.
Après avoir fait plus d’un an de repérages, Claudine Bories a enregistré ces " réunions " chaque samedi pendant neuf mois. Plutôt que de plonger dans les méandres de l’histoire de couples déchirés, la cinéaste s’est concentrée sur l’immédiat. Elle s’attache à des instants de vie, petites minutes de rien, révélatrices d’un comportement forcément faussé par rapport à l’enfant. Elle filme la détresse sans jamais céder au voyeurisme : témoin, cette scène où le regard de la caméra glisse lentement du visage d’une mère en larmes pour terminer son mouvement sur une cafetière. Le montage et le travail du son intensifient l’importance du hors-champ. Les cris des parents, les pleurs d’enfants ou les mises en garde des médiateurs dégagent autant, sinon plus, de force qu’une image. Les situations de Monsieur contre Madame mettent parfois mal à l’aise, en particulier lorsqu’elles attestent de l’égoïsme et de l’indifférence d’un père soucieux de reconquérir Madame plutôt que de s’occuper de son garçon. Elles interrogent également sur la place de l’enfant dans notre société.
Même si l’on n’a pas affaire à des délinquants, Monsieur contre Madame résonne comme une réponse à Délits flagrants. Si Raymond Depardon traitait de la phase préliminaire du travail judiciaire, Claudine Bories a choisi de s’atteler aux conséquences des ordonnances des juges. La cinéaste présente surtout un service méconnu et récent. Créés à la fin des années quatre-vingt, les centres d’hébergement sont gérés par des associations de médiation familiale et d’accueil de droit de visite. La réalisatrice donne à voir - et ce n’est pas le plus insignifiant - le rôle des travailleurs sociaux qui, dans l’ombre d’un appartement, désamorcent des conflits permanents.
Michaël Melinard - www.humanite.fr
Un documentaire patient et attachant. Ici, pas de Kramer contre Kramer... Parce qu'il sait capter dans le reflet des vitres l'ennui et la gêne, qu'il ménage des effets d'attente, Monsieur contre Madame est une leçon de patience... Ces adultes infantilisés, évidemment, nous ressemblent dans nos pires moments.
Libération
Claudine Bories a filmé la théâtralité des couples déchirés, le "cinéma" des affects familiaux, la "scène" où se croisent l'intime et le social. Et c'est ainsi qu'elle fait oeuvre de cinéaste. Douloureux et drôle, sensible et juste.
Les Inrockuptibles
"Madame" et "Monsieur" se sont aimés. Et puis, on en sait comment, leur vie est devenue un enfer. Ils ont décidé de se séparer.Des médiateurs les accueillent. Avec eux, ils vont tenter de briser le mur d'incompréhension et de haine qui les sépare.

