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FILM

Il était une fois les sept Siméon
URSS
N&B + Couleur
1985, 90 minutes
Dans notre catalogue :
35 mm

En 1985, Herz Frank réalise un reportage sur un petit orchestre familial, composé de sept frères doués pour le jazz et fêtés par la nomenklatura russe. Trois ans plus tard, les sept Siméon et leur mère détournent un avion pour s’enfuir à l’Ouest. Ils échouent et les deux survivants, devenus symboles d’indignité nationale, font la Une des journaux. Cette tragédie exemplaire ne pouvait qu’inspirer Herz Frank, cinéaste letton dont le cinéma-vérité est traversé par l’idée dostoïevskienne du châtiment. Le film adopte la forme d’une enquête rigoureuse qui s’aide de flash-backs du premier film et de documents d’archives pour retracer le parcours psychologique de la famille et analyser les causes de cet acte insensé. Causes où, bien sûr, apparaît la fascination pour l’Occident mais aussi l’impossibilité d’un épanouissement personnel dans un régime totalitaire. Le déroulement du procès, lieu de confession publique avant l’expiation de la prison, est un moment de grande intensité dramatique.

"Le suicide collectif dans un avion en feu, ce n'est pas seulement la conclusion d'un banal fait divers ; c'est une révolte, c'est une explosion sociale, un signal. L'image de la catastrophe qui nous attend si nous laissons le mal et la violence gouverner le monde." Herz Frank (extrait du film)

«Il était une fois les Sept Siméon»: l'étrange tragédie d'une famille d'Irkoutsk

Ils chantaient le «Blues de la rue des enfants»

Ils sont sept frères, âgés de cinq à vingt et un an. Ils jouent du jazz. Une famille prodige...
Mais ce n'est pas dans les rues de la Nouvelle-Orléans qu'ils s'éclatent à la manière de Louis. Quand le banjo résonne, la trompette ou le saxo, c'est au milieu d'un minuscule champ de pommes de terre, cerné par quatre cordes à linge, avec pour tout public trois vaches, une basse-cour et quelques voisins. A Irkoutsk, Sibérie orientale. Des images de bonheur simple, avec la mère attentive, omniprésente. Seule, elle élève sa smala. Loin d'être riches, ils ne vivent pas trop mal dans une petite isba, sur un hectare de terre.
A tous leurs moments libres, ils répètent. Les samedis et dimanches, ils jouent. Le public suit. Cela swingue au pied de l'église orthodoxe. Et de rêver à une nouvelle vie. Des concerts, des tournées à l'étranger, en Occident.
Magie du rêve. Les sept Ovétchkine gagnent Moscou. C'est le départ pour le Japon. Un premier pas est franchi. Pourquoi pas le second?
Mil neuf cent quatre-vingt-huit: les débris fumants d'un Tupolev piraté, le récit d'un suicide collectif, le procès public à Irkoutsk d'un des gamins survivant et de la soeur aînée. Soudain, le film en deux volets réalisé par les réalisateurs lettons Eisner et Frank bascule dans l'enquête au scalpel. Comment une famille d'apprence heureuse a-t-elle pu basculer dans une telle tragédie? A l'aide des images tournées lors de la «période heureuse», ils tentent de reconstituer la genèse du drame. Le doigt se pointe sur la mère, possessive, jusqu'auboutiste. Qu'a-t-elle donc transmis à ses enfants? C'est elle qui a poussé ses sept garçons à fuir. Dans un hallucinant conseil de famille, tous avaient juré réussir ou se suicider... Vassili a même tué sa mère, à sa demande. A l'issue d'un procès stalinien, les rescapés paieront pour le crime contre la mère-patrie, la tentative de violation des frontières soviétiques.
Sans fard et sans pitié, en noir et blanc, les «Sept Siméon» livrent la vie ordinaire en Union soviétique, brute, brutale. Dans un pays-étau qui n'autorise aucune fuite.
A travers l'accusation portée contre la mère, Eisner et Frank accablent tout le régime totalitaire, la violence dont il se nourrit, le manque total de liberté. Entre fiction et documentaire, un petit chef d'oeuvre d'enquête sur un fait divers sanglant: premier prix au festival de Leipzig '90, prix du meilleur documentaire européen au festival du cinéma du réel '91.

DOMINIQUE LEGRAND (lesoir.be)
 

Distinction(s)

Prix du meilleur documentaire européen au Cinéma du Réel 1991 à Paris (France)
Premier prix au Dok Leipzig Festival 1990 (Allemagne)

1985, les deux cinéastes tournent en URSS un documentaire sur un petit groupe de jazz très prometteur composé de 7 frères musiciens. Trois ans plus tard, les 7 Siméon détournent un avion pour quitter l'URSS. L'attentat manqué tourne au tragique. Les cinéastes enquêtent...

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